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L’IEDM et la privatisation du transport en commun
Par lutopium | 5 février 2008
Les chercheurs de l’Institut Économique de Montréal (IEDM) sont vraiment à court d’idées… Au lieu de concevoir des projets constructifs pour stimuler la croissance économique, ils se concentrent sur la privatisation des services publics, tout azimuts…
Leur dernière trouvaille : privatiser le transport en commun. L’Institut a même pris le soin d’inviter un expert américain afin de lancer sa nouvelle propagande qui gravite toujours autour du même argument : le privé fait mieux. M. Wendell Cox nous est présenté comme un chercheur associé et invité au Conservatoire national des arts et métiers de Paris, mais il est avant tout président de sa firme de consultation et membre émérite de plusieurs « think tanks » de la droite économique, dont le Frontier Center For Public Policy et l’Heritage Foundation.
Les systèmes de tranport public représentent une mine d’or pour nos entrepreneurs. Ils n’ont pas à concevoir une nouvelle idée, à investir dans la recherche ou faire preuve d’originalité. Le trésor est là qui les attend. Après des années d’investissements massifs de la part des gouvernements et des citoyens, voilà qu’il faudrait leur donner un autre morceau de notre patrimoine afin qu’ils puissent « créer de la richesse ».
Dans un article écrit par M. Cox et publié dans le quotidien The Gazette (repris intégralement sur le site de l’IEDM), on nous cite l’exemple de la privatisation de la société de transport de Denver qui, selon lui, est la preuve vivante de cette idée révolutionnaire. Cependant, lorsqu’on consulte les analyses du département américain du transport, on constate que plus de la moitié des économies réalisées suite au partenariat avec l’entreprise privée sont directement reliées à la diminution des salaires et des bénéfices alloués aux employés. Lorsque les premiers contrats ont été donnés aux transporteurs privés, il y avait compétition entre quelques joueurs, ce qui promettait « l’auto-régulation » des forces du marché. Quelques années plus tard, il ne restait qu’une ou deux entreprises importantes, fusions et acquisitions obligent…
Il faut se rappeler que plusieurs villes nord-américaines - dont Montréal - ont du racheter les compagnies de tramway et d’autobus dans les années cinquante et soixante car elles se sont montrées incapables de moderniser les équipements et plusieurs d’entre elles étaient en faillite. On peut donc se permettre de questionner les intentions de l’entreprise privée qui désire maintenant se réapproprier ce qu’elle n’a pas été en mesure de bien gérer par le passé! Qu’on se souvienne de la défunte Laidlaw - un des principaux transporteurs privés en Amérique du Nord et grand gagnant de la privatisation du réseau de Denver - qui a demandé la protection des tribunaux canadiens en 2001…
Il est primordial que les services de transport en commun soient contrôlés par l’état et qu’ils soient étroitement liés à un plan d’urbanisme sérieux et à une gestion restrictive du trafic routier. Si l’on reconnaît qu’il faut réduire la pollution, on doit s’assurer que les services publics sont soigneusement planifiés et d’en assurer l’utilisation par le plus grand nombre de citoyens et de travailleurs. Comme il surveille constamment ses intérêts et sa profitabilité, le privé ne pourrait pas offrir ce service à moyen terme et rien ne prouve qu’il pourrait faire mieux. Surtout lorsque l’expert recruté par leur Institut fait la promotion de l’étalement urbain et de l’utilisation de l’automobile pour le tourisme!
M. Wendell Cox est président de la firme de consultation qui porte son nom. Il maintient également plusieurs sites, dont http://www.demographia.com/, http://www.publicpurpose.com/ et http://www.rentalcartours.net/.Photo : slack12 - Flickr
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8 commentaires à “L’IEDM et la privatisation du transport en commun”


(4.75 sur 5)
6 février 2008 à 3:44
Excellent billet, lutopium!
En général, je suis presqu’entièrement d’accord avec toi.
Mais pourquoi ne permettrait-on pas à des entreprises privées, à des coopératives ou à des OSBL de concurrencer le système public de transport en commun sans remettre en question celui-ci?
Comme ça, les parcours populaires pourraient être presque gratuits pour les usagers et les parcours moins populaires pourraient être directement facturés aux usagers.
De plus, les salaires consentis aux employés des services publics d’autobus sont beaucoup trop élevés mais bien sûr la privatisation n’est pas nécessaire pour faire une telle correction.
Comprenez moi bien, je ne veux pas démanteler le système public mais je veux seulement éliminer la situation de monopole pour permettre l’offre d’autres services dits “de luxe”.
6 février 2008 à 8:02
Salut David… Merci pour le compliment. C’est un peu mieux que l’approche sarcastique…
J’ai essayé de terminer le billet en expliquant, selon moi, pourquoi on devrait garder ce service entièrement public… Je ne t’ai pas convaincu!
Je me doutais bien que quelqu’un ferait allusion aux salaires actuels… Moi, j’ai aucun problème à ce qu’un travailleur gagne un bon salaire. S’il y a de vrais abus, faudrait voir.
Personnellement, Je ne perçois pas ce service comme un monopole agressant. Pas plus qu’Hydro-Québec, la SAQ ou la RAMQ. Je trouve que la STM fait une bonne job. Je travaille pour une grosse boîte privée et j’te jure que nous aurions de la difficulté à gérer un réseau d’autobus et de métro… Ceux qui chiâlent contre notre service de transport en commun se plaignent souvent au resto, à la quincaillerie, au bureau… J’utilise ce service et j’en suis très satisfait.
Je crois sincèrement que la seule raison de privatiser la STM est de permettre à des gens d’affaires de se remplir les poches. C’est pas ça créer de la richesse. Si Québec Inc. veut en créer avec la STM, qu’elle s’arrange pour gagner l’appel d’offres pour l’achat des nouvelles voitures. Honnêtement, ça va de soi!
6 février 2008 à 8:54
“Personnellement, Je ne perçois pas ce service comme un monopole agressant. Pas plus qu’Hydro-Québec, la SAQ ou la RAMQ”
Je reconnais que la STM, la RAMQ et Hydro-Québec sont des services essentiels qui peuvent être fournis par l’État. Je n’ai pas trop de problèmes avec ça.
Par contre, il n’y a aucune raison que l’État agisse en pusher d’alcool (SAQ) et de paris compulsifs (Loto-Québec). Ces deux sociétés d’État doivent être privatisés, car l’État est en conflit d’intérêt actuellement.
8 février 2008 à 4:17
Mais, cher ami colérique, pourquoi le gouvernement ne pourrait-il pas s’assurer de l’atteinte de ses objectifs en liant les contrats accordés au privé à une structure d’incitatifs appropriée? Pourquoi, par exemple, ne pas obliger l’entrepreneur, sous peine d’amende salée, de réduire la consommation de carburant de ses autobus? Pourquoi ne pas lier le financement public à l’augmentation de la satisfaction de la clientèle?
Bonne journée!
www.LePommier.ca
8 février 2008 à 7:41
Colérique, moi? Je n’ai aucun problème à reconnaître que le privé réussit de bons coups, qu’on prenne en exemple Bombardier, Cascades, etc… Pas parfait mais quand même… Pour ce qui est des services publics, je suis convaincu que ç’est une responsabilité étatique, citoyenne. Pourquoi a-t-on autant de problèmes avec la propriété collective?
9 février 2008 à 10:06
Je pense que ce n’était qu’une référence amicale au titre de ce blogue.
10 février 2008 à 6:01
Haha, merci Martin. En effet, c’était une référence au titre du blog.
“Pourquoi a-t-on autant de problèmes avec la propriété collective?”
Je ne crois pas que mon billet réflète un malaise devant la propriété collective. Dans mon cas, je n’ai aucun problème avec ce type de propriété. Mais n’avons nous pas intérêt à gérer notre propriété collective de manière optimale étant données des objectifs de gestion? Autrement dit, si nous mandatons le gouvernement pour administrer notre propriété collective et nous nous entendons sur les objectifs de gestion à viser, quel avantage dérivons-nous de la gestion par le secteur publique? C’est une véritable question.
Si vous croyez que l’État doit absolument gérer (ne pas confondre avec posséder) l’utilisation des ressources collectives, alors pourquoi ne pas exiger qu’il gère lui même l’industrie forestière, par exemple. Je crois que dans les plupart des cas qui s’apparentent à celui-ci, il est préférable que l’état fournisse un encadrement légal qui crée une structure d’incitatifs qui s’assure que les objectifs gouvernementaux soit respectés, mais qui laisse à des entrepreneurs le soin de gérer les activités quotidiennes.
Bonne journée!
www.LePommier.ca
14 février 2008 à 8:51
L’histoire des tramways aux États-Unis est assez pathétique. Ce sont les fabricants automobile qui ont acheté ces réseaux avant de les démanteler tranquillement.
Ne restait plus qu’à vendre des autos et s’assurer que les plans urbains allaient donner de la place aux quadrupèdes mécaniques…
Toujours une question de lobby, on dirait…