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Des châteaux de cartes
Par Renart L'éveillé | 29 janvier 2008
Tombera-t-elle, ne tombera-t-elle pas? On se pose cette question à propos de l’économie états-unienne à qui mieux mieux depuis quelque temps. Et c’est normal dans le contexte où nos économies sont de plus en plus reliées dans un contexte de mondialisation. Et dans le domaine névralgique de la spéculation immobilière, qui concerne, il faut le rappeler, un besoin humain primaire, il semble y avoir un problème, qui ne se résorbera pas de sitôt.
Pour Robert James « Bob » Shiller, « la crise immobilière qui frappe les États-Unis est la plus grave depuis la Grande Dépression ». Il l’explique en long et en large dans une entrevue rapportée par le site économique lesechos.fr. « Disséquant les mécanismes à l’oeuvre sur un “marché d’amateurs”, il regrette le manque de lucidité de nombreux acteurs. Et, alors que la tourmente s’étend aux places boursières, met en garde contre ses conséquences. »
Il est surtout très heureux de voir un économiste s’inquiéter pour l’aspect social, et je le cite :
Il va y avoir des dommages mais ils seront sans doute localisés dans certains pays. Ce n’est pas la fin du monde. Le principal risque est en fait social. Au moment où les salaires des PDG atteignent des niveaux record et où la rentabilité des entreprises est à un sommet, on risque de mettre 2 millions de personnes dans la rue aux États-Unis. La crise du “subprime” va frapper les plus pauvres. Cela pourrait avoir de lourdes conséquences.
On voit bien qu’il ne va pas jusqu’à proposer un changement de paradigme économique, qui s’appuierait sur autre chose que la croissance, mais au moins il vante une certaine prudence, et même pointe vers un certain positivisme par rapport à une chute des prix en immobilier :
Ce qui fait la force et l’attrait de villes comme New York ou Paris, c’est en partie leur vitalité, résultat de leur diversité. Retirez les artistes, mais aussi les professeurs, les policiers…, ceux qui ne peuvent plus se permettre de vivre dans une ville qu’ils servent, et que reste-t-il ? Une ville ne peut vivre seulement grâce à des spéculateurs. Rares sont ceux prêts à l’admettre mais, paradoxe, une chute des prix peut aussi avoir des conséquences positives. Les hommes politiques parlent de pouvoir d’achat, de logement abordable, pourtant ils sont inquiets dès que les prix baissent dans l’immobilier. Mais l’accroissement des inégalités que l’on constate aujourd’hui et qui est en partie lié à l’évolution du prix des logements est aussi porteur de tensions sociales.
Or, il semble il y avoir encore un fossé énorme entre la santé économique, selon une vision refermée sur elle-même, et la santé sociale. Cela est bien facile à constater et la preuve qu’il faut fuir le plus possible le fantasme du capitalisme pur.
Derrière le risque, il y a des gens.
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12 commentaires à “Des châteaux de cartes”


(4.75 sur 5)
29 janvier 2008 à 2:52
Excellent billet Renart!
À très court terme, je ne crois pas qu’il y aura une récession américaine cette année mais ce n’est que partie remise: il y a des limites à vivre à crédit et à surutiliser les réserves fractionnaires et la planche à billets de la Fed.
Définissez “capitalisme pur”.
29 janvier 2008 à 3:05
Par « capitalisme pur », je parle de l’utopie d’un système capitaliste sans entraves, sans aucune coercition étatique et qui ne reposerait que sur son système intrinsèque : donc, surtout, qui ne serait pas assujetti au bien commun, au social, à l’environnement.
L’espoir du néolibéralisme se nourrit amplement de ce fantasme.
29 janvier 2008 à 3:18
“Par « capitalisme pur », je parle de l’utopie d’un système capitaliste sans entraves, sans aucune coercition étatique et qui ne reposerait que sur son système intrinsèque : donc, surtout, qui ne serait pas assujetti au bien commun, au social, à l’environnement.”
Ça commence bien mais mon seul hic c’est le terme “environnement”. Que fait-il là?
“L’espoir du néolibéralisme se nourrit amplement de ce fantasme.”
Je ne crois pas que cela est sincère. Le soi-disant néo-libéral moyen (David Gagnon, Philippe David et plusieurs thinktanks) ne croit pas en l’absence d’État dans l’économie. Mais il croit bien sûr qu’il faut abolir les programmes sociaux pour les crisses de pauvres parasites par contre. De plus, ces corpo-étatistes n’en ont réellement rien à foutre de l’environnement.
29 janvier 2008 à 3:34
Le capitalisme pur doit se voir comme un extrême.
Et l’environnement se trouve (ou plutôt ne se trouve pas) dans le calcul parce qu’il est négligeable.
Le rapprochement entre l’idée du capitalisme et l’idée du béton n’est pas fortuite.
Je suis certain que l’idée de la Terre semblable à l’Étoile de la Mort dans Star Wars ne semble pas absurde et triste pour tout le monde…
29 janvier 2008 à 4:14
Bien sûr, le capitalisme pur est un extrême, se rapproche beaucoup de l’idée du béton et ne met pas l’environnement en priorité.
Cependant, les problèmes environnementaux seraient moins nombreux dans un système capitaliste pur quand dans le contexte actuel.
“Je suis certain que l’idée de la Terre semblable à l’Étoile de la Mort dans Star Wars ne semble pas absurde et triste pour tout le monde…”
Un peu caricatural mais il est vrai que la drouate étatiste s’en crisse complètement.
Un de mes paradoxes personnels de geek (ermite en français?) scientifique est que je déteste Star Wars!
29 janvier 2008 à 6:32
Je suis d’avis que ce qui menace le plus l’économie occidentale, c’est la venue de la Chine et de l’Inde dans la partie, sans compter qu’un virage environnemental fondamental, donc social et économique, risque d’être négocié.
Notre économie est basée sur la croissance et en même temps il faudra bientôt tenir compte de notre terrain de jeu: la Terre. Nous devrons réduire la population globale et réduire nos activités polluantes. Adieu croissance, adieu le systèeme actuel.
Voilà vingt ans que je me dis: l’économie de tous les pays ne peut pas croître indéfiniment. La croissance américaine et européenne était basée en grande partie sur l’exportation de denrées dans les pays moins productifs. Mais voilà que ces pays produiront plus que nous. Et je ne parle pas de la Russie.
Un face à face est à prévoir et si on se base sur l’histoire, l’espèece humaine n’est pas tellement douée pour les changements pacifiques.
Avec ce genre de pensées, vous comprendrez qu’un ralentissement de l’économie nord-américaine ne constituerait qu’un soubresaut face à ce qui nous attend.
Enfin, tout cela n’est qu’élucubrations!
Accent Grave
29 janvier 2008 à 8:28
Avec tous les “grands économistes” qu’on peut compter sur cette planète, on peut se demander pourquoi cette soif collective de consommer ne s’adapte pas encore aux réalités de la science… Un jour, ça va nous péter dans la face!
30 janvier 2008 à 11:38
Soif collecive de surconsommer créée par l’État en passant!
30 janvier 2008 à 12:21
collecTive
30 janvier 2008 à 2:03
Hein? N’importe quoi!
30 janvier 2008 à 2:45
Pour préciser mon point, il faut dire aussi que l’État et les grandes corporations qui en profitent sont conjointement et solidairement responsables de phénomène de surconsommation.
Cependant, l’État est l’initiateur de ce phénomène, avec les réserves fractionnaires, la sous-évaluation des taux d’intérêts et la planche à billets des banques centrales, la monnaie sans contrepartie métallique, la doctrine keynésienne du “plus on surconsomme, meilleure l’économie se porte” et le découragement de l’épargne qui en résulte, et les mesures fiscales anti-épargne comme l’impôt sur les intérêts bancaires qui constitue une taxe à la non-consommation.
Évidemment, je ne parle pas des programmes sociaux qui n’ont rien à voir avec la surconsommation et qui font partie des services ESSENTIELS que l’État peut fournir.
Dans un système capitaliste pur, il y aurait moins de surconsommation qu’actuellement.
Je ne dis pas que le capitalisme pur est le meilleur modèle, je dis seulement qu’il incite moins à la surconsommation que le système actuel, puisque ce système considère l’épargne et l’investissement comme les moteurs de la croissance économique et ne considère pas la consommation comme une fin en soi mais plutôt comme une résultante de la croissance économique qui n’a pas à être encouragée.
30 janvier 2008 à 3:12
“ce système considère l’épargne et l’investissement comme les moteurs de la croissance économique et ne considère pas la consommation comme une fin en soi mais plutôt comme une résultante de la croissance économique qui n’a pas à être encouragée.”
Ici, le “système” en question est le capitalisme pur et non pas le système actuel.